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Club Ecologie et Liberté

Ce que nous voulons

Desserrer l'騁au du productivisme et pour cela, d'abord analyser le ph駭om鈩e

Sommaire :

1 - Desserrer l'étau du productivisme

Ville/Campagne

Protectionnisme

Réduire la taille des entreprises

Alternative à la rigueur

Programme (à télécharger)

2 - Les valeurs que nous défendons : la nouvelle synthèse non économiciste

Ecologie -Souverainisme et régionalisme

3 - Partout dans le monde une logique commune est à l'oeuvre - construire un mouvement d'opposition au système dominant

Le productivisme : un concept nouveau

Constat

Chaque jour de petites entreprises disparaissent pour laisser place au gigantisme industriel ou au chmage.
Les travailleurs de Dunkerque vont chercher Montpellier le travail qui correspond leur qualification, tandis que les usines de Dunkerque font venir de Strasbourg leurs ouvriers qualifi駸, et maintenant, avec la mondialisation, on d駘ocalise vers la Thalande en laissant des travailleurs sur le carreau. Gigantisme, concentration des moyens de production, d馗oupage et sp馗ialisation des r馮ions accentuent la division technique du travail et le salariat.
Chaque jour, des paysans abandonnent leur terre. Peu peu des villages meurent ou deviennent des banlieues dortoirs. Les villes s'騁endent, deviennent plus anonymes, plus difficiles vivre. Et ceci, m麥e dans les pays dits en voie de d騅eloppement. Chaque jour, des centaines de milliers de personnes meurent de faim.
Chaque jour, le d駻acinement et le brassage des individus entranent un d馗lin culturel. Les cultures r馮ionales s'estompent. Les relations personnelles entre les gens s'appauvrissent, ou sont v馗ues travers des institutions, des techniques, des marchandises. Conformisme et fatalisme 騁ouffent la personnalit.
Une logique est l'忖vre. Un cercle vicieux s'est constitu. Lesquels ?
Longtemps les ph駭om鈩es habituels de la soci騁 騁aient pr駸ent駸 par les grands partis de la Gauche comme 騁ant les cons駲uences de ce qu'ils appelaient le " capitalisme ", c'est--dire du pouvoir d'une classe propri騁aire des moyens de production. Tout 騁ait plus ou moins ramen la propri騁 des moyens de production. Leurs adversaires de Droite, au contraire, expliquaient tout ce qui n'allait pas par la trop grande intervention de l'Etat.

Analyse

Nous sommes donc confront駸 cette question : " Peut-on expliquer l'essentiel des ph駭om鈩es du v馗u de la vie quotidienne, contre lesquels nous luttons, par le capitalisme ? "
Pourquoi cette question ?
Parce que le terme " capitalisme " a une signification historique pr馗ise qui concide d'ailleurs avec celle du langage commun : la propri騁 priv馥 des moyens de production, l'existence de patrons qui ont le monopole de cette propri騁 et l'id馥 que la lutte fondamentale dans la soci騁 actuelle est la lutte des classes entre propri騁aires et non propri騁aires des moyens de production.
Comment apporter des 駘駑ents de r駱onse cette question ?
Quels sont les ph駭om鈩es de l'ali駭ation de la vie quotidienne contre lesquels nous luttons ?
- la concentration spatiale des activit駸 et des hommes,
- l'駘oignement entre lieu de travail et lieu d'habitat
- le d騅eloppement de l'obligation d'黎re mobile et d駻acin,
- le d騅eloppement de l'obligation de travailler en vendant sa capacit de travail (salariat, disparition du travail ind駱endant),
- l'駘oignement entre les producteurs et les consommateurs (avec la perte du contrle de ce que l'on mange et tous les dangers alimentaires qui font actuellement la une des journaux),
- l'accroissement des transports que cela engendre,
- la mondialisation 馗onomique que cela cr馥.

Ces tendances lourdes et motrices font bloc entre elles.
Chacun de ces ph駭om鈩es isol駑ent apparat comme n馗essaire, parce qu'adapt, mais reli aux autres, c'est un syst鑪e : recherche de l'efficacit 馗onomique tout prix par une course sauvage la productivit, mode de d騅eloppement dont les structures socio-馗onomiques sont la concentration, la hi駻archisation, la sp馗ialisation, l'institutionnalisation

Ces logiques, solidaires entre elles, d騁erminent l'ensemble de notre vie quotidienne.
Puisqu'on a pu les observer dans la vie quotidienne des Sovi騁iques dans l'ancienne URSS, c'est qu'elles peuvent exister sans la propri騁 priv馥 des moyens de production, sans l'appropriation priv馥 du profit ; on ne peut donc plus les d駸igner par le terme de " capitalisme " d馭ini plus haut. Parce que ces logiques sont li馥s une obligation de recherche de productivit, on a donn leur ensemble le nom de " productivisme ".

Le terme "productivisme" a 騁 forg partir du mot "productivit" et non "production". Il englobe donc les m馗anismes dont le rle est de rendre syst駑atiquement maximum la productivit et non les m馗anismes qui d騅eloppent seulement la croissance de la production. Il est apparu historiquement pour la premi鑽e fois, en 1975, Lilles, aux Assises du Mouvement Ecologique (ME) au cours desquelles le premier texte mettant en avant cette notion et en faisant l'駘駑ent central et caract駻istique des soci騁駸 dans lesquelles on se trouvait, a 騁 adopt. Il est compatible avec une d馭inition plus large pour laquelle on parle d'un syst鑪e " productiviste " pour toute structure sociale mettant quelqu'un en situation d'黎re oblig de toujours rechercher un objectif au maximum moins de ne m麥e pas avoir le minimum.

Du " Capitalisme " au " Productivisme "

C'est donc ici,un syst鑪e, un ensemble de logiques sociales et 馗onomiques qui font bloc entre elles et qui semblent, avec le d騅eloppement du Fordisme, s'黎re substitu馥s pour une grande part aux m馗anismes qui 騁aient ceux du Capitalisme historique, au moment du d騅eloppement du Fordisme.
Le capitalisme est pr駸ent comme une p駻iode (et un syst鑪e social en m麥e temps) o il est n馗essaire au progr鑚 pour qu'il existe qu'il passe par un d騅eloppement de la mis鑽e, de l'exploitation et de la spoliation de la plus grande partie de la population. Cela s'explique par:
-la faiblesse du surplus, de l'馗art existant entre le niveau de la production et le niveau de la consommation vitale minimale.
-l'insuffisance de la part du capital fixe (machines) dans la combinaison productive globale (capital et travail). Il est sous-entendu qu'il existe en moyenne une proportion optimale de la quantit de machines par rapport la quantit de travail existant dans un pays. Cette proportion est consid駻馥 comme optimale, dans la mesure o elle correspond la productivit maximale. Tant que cette quantit optimale n'est pas atteinte, le simple fait d'augmenter la quantit de capital fixe, pour une quantit de travail (population donn馥) permet d'augmenter la productivit du travail humain et donc est une source de progr鑚.

Le passage du capitalisme au productivisme:

Mais d鑚 que cette proportion optimale entre capital et travail est atteinte, l'augmentation du nombre des machines n'a plus de justification 馗onomique moins qu'il y ait une augmentation de la consommation que la quantit de capital existant ne peut pas satisfaire. C'est 騅idemment l, que doit se produire l'inversion de logique, car jusque l, la faiblesse du surplus justifie d'emp鹹her les populations de consommer ce qu'elles produisent, puisque livr馥s elles-m麥es, elles n'auraient jamais 駱argn autant et donc accumul autant. Mais au-del de ce seuil, non seulement cette volont d'emp鹹her la masse de consommer n'est plus n馗essaire mais, elle devient une absurdit, car, d鑚 lors pour justifier l'accumulation de capital il faut qu'il y ait au pr饌lable une augmentation de la consommation. Il y a inversion.

Au del donc d'un certain niveau de division du travail, d'un certain niveau de productivit et d'une certaine dimension du march, les caract駻istiques du capitalisme 駭onc馥s plus haut disparaissent pour faire place une logique inverse o, l'accumulation et le progr鑚 n馗essitent une consommation populaire de plus en plus importante; et partir de l, nous disons que le capitalisme "stricto sensu" disparat et fait place ce que nous appelons le "productivisme".

Le productivisme comme syst鑪e social

Le productivisme n'est pas seulement une id駮logie ou un avatar du capitalisme : il est, au m麥e titre que celui-ci, un syst鑪e social autonome qui tend s'imposer de plus en plus l'ensemble de la soci騁.

C'est aussi partiellement un consensus social qui porte accrotre la productivit pour produire et consommer toujours davantage, et qui pour cela pousse vivre dans des structures (駲uipements, institutions) :
-toujours plus centralis馥s et gigantesques : usines et machines de plus en plus grandes, villes d駑esur馥s, centrales 駭erg騁iques pour toute une r馮ion, firmes, etc...
-toujours plus rationalis馥s et bureaucratis馥s : accroissement de la division technique du travail, parcellisation des t稍hes, des probl鑪es, des comp騁ences ; sp馗ialisation des r馮ions ; zonage des villes et des activit駸, nivellement du langage, des cultures, de l'information ; institutionnalisation de tous les aspects de la vie (loisirs) ; planification autour de "ples", de secteurs de pointes, de villes relais...

Le progr鑚 est con輹 uniquement dans ce sens, dans cette direction, et ce "mod鑞e" de soci騁 s'impose comme normatif, non seulement dans nos pays, qu'ils soient capitalistes ou collectivistes, mais pour les pays dits "sous d騅elopp駸".
Cette rupture avec le capitalisme, a 騁 accept馥 facilement ;
elle a engendr en Europe, apr鑚 la deuxi鑪e guerre mondiale, au d饕ut de la p駻iode dite " fordiste " un consensus social car le productivisme apparaissait comme porteur de progr鑚 en mettant fin la mis鑽e et la sous-consommation. Mais, ces m馗aniques, ces logiques se r騅駘鑽ent de plus en plus dangereuses mesure qu'elles se d騅eloppaient. Ce sont les rythmes acc駘駻駸, les passages de seuils incontrl駸 qui engendreront le ct dangereux. On aurait pu faire autrement, de fa輟n plus matris馥; et surtout l'augmentation de la quantit n'aurait pas d s'accompagner de la d馮radation de la qualit. Dans ce syst鑪e, pour survivre, le chef d'entreprise est oblig de rechercher toujours le maximum sous peine de ne m麥e pas avoir le minimum. Or, le maximum ne doit pas 黎re confondu avec l'optimum. L'exemple de l'agriculteur est bon pour illustrer cette id馥 : quoi cela sert-il d'augmenter les rendements au maximum, si l'on obtient des denr馥s sans saveur et parfois dangereuses pour la sant. Alors que la recherche de l'optimum permet de prendre en compte les notions de qualit et de protection de l'environnement.

On retrouva cette logique productiviste aussi bien l'Est qu' l'Ouest, dans les pays socialistes comme dans les pays capitalistes, ind駱endamment de la propri騁 des moyens de production et de la recherche du profit. C'est le second argument qui nous permet d'affirmer qu'il ne s'agit plus de la logique capitaliste. Et c'est pourquoi le d饕at entre la gauche et la droite, entre collectivisme et individualisme, nous paraissait insuffisant : il cachait le v駻itable choix de soci騁. Il s'agissait de choisir un autre mode de d騅eloppement, non productiviste.

Les deux Temps du productivisme

On distingue deux p駻iodes du productivisme :

- le productivisme volontariste, 騁atique et national
- le productivisme libre 馗hangiste mondialiste, p駻iode actuelle o l'馗onomie est en train d'馗happer tout contrle des populations.

On peut regretter que la premi鑽e mani鑽e n'ait pas 騁 plus r馭l馗hie. Dans les ann馥s 60, on avait une sorte d'inconscience des m馗anismes que le productivisme pouvait engendrer. Dans la deuxi鑪e p駻iode, avec la mondialisation 馗onomique, la matrise 馗happe de plus en plus. C'est une sorte de retour au XIXー si鐵le avec la r饌pparition de la pauvret, de la pr馗arit; le chmage est devenu la variable d'ajustement. Mais l'on n'est pas pour autant revenu la logique du premier capitalisme.

Productivisme et Ecologie

Cette fuite en avant des productivit駸 partielles est une catastrophe pour la productivit globale. Elle entrane des gaspillages, des pollutions et des cots consid駻ables qui doivent 黎re assum駸 par les collectivit駸. Elle hypoth鑷ue l'avenir en d騁ruisant le patrimoine naturel des g駭駻ations futures. Elle m馗onnat les 駲uilibres naturels, les rythmes biologiques, les diversit駸 des personnes, des cultures, des r馮ions. Elle r馘uit la personne humaine un 黎re 馗onomique, ses int駻黎s mat駻iels, en fait un usager, un producteur, un consommateur, un administr. Elle cr馥 de plus en plus d'injustices et de frustrations, de "laiss駸 pour compte", et d'inqui騁udes pour l'avenir long terme : "quel monde laisserons nous nos enfants?" Elle construit les relations sociales partir de marchandises, de "produits", canalisant artificiellement les d駸irs.

La notion d'anti-productivisme ne doit pas 黎re assimil馥 un refus de toute croissance de la production, les m馗anismes du productivisme peuvent fonctionner sans cette croissance, on s'en est aper輹 par la suite.
Il y a eu une erreur de cible pour certains 馗ologistes qui ont fait de la croissance de la production, le point central de leur analyse, la cause de tous nos maux. Ils n'avaient pas compris qu'on 騁ait dans cette phase de croissance volontaire. Les m馗anismes de la croissance engendraient les effets d馮radants, et non pas la croissance en elle-m麥e. C'est parce qu'on a voulu accrotre la productivit un rythme acc駘駻, on a pouss l'organisation de l'馗onomie un tel point, que les ct駸 n馮atifs sont apparus. Des seuils dangereux ont 騁 pass駸, mais la croissance en elle-m麥e n'en 騁ait pas responsable. Avec la crise qui d饕ute au milieu des ann馥s 70, on pourra bien voir que la croissance s'est ralentie, mais les probl鑪es 馗ologiques demeurent.

Productivisme et domination

Comme on a pu le comprendre, la substitution du productivisme au capitalisme stricto sensu n'a 騅idemment pas fait disparatre les ph駭om鈩es de domination et d'in馮alit駸.
Au contraire !
Et ceux-ci semblent s'黎re fortement d騅elopp駸 dans la phase mondialiste, depuis l'ouverture g駭駻ale des fronti鑽es. Au niveau mondial, et dans les relations Nord/Sud, il est 騅ident que les in馮alit駸 entre peuples du Sud et du Nord se sont maintenues et aggrav馥s. Sur les deux si鐵les pr馗馘ents, cette domination a engendr des in馮alit駸 tr鑚 fortes. La p駻iode fordiste a pu voir un ralentissement de ces in馮alit駸. Mais la mondialisation a fait ressurgir et a aggrav les dominations existantes du Nord sur le Sud, du monde citadin sur le monde rural, de la grande distribution sur le petit commerce, les petits producteurs et les petits industriels, du tertiaire sur le secondaire, des activit駸 urbaines interm馘iaires sur les activit駸 traditionnelles (ouvriers,, employ駸, petits commerces, petits artisans) et d'une fa輟n g駭駻ale la domination des " gros " sur les " petits ".
Si l'on veut donc 騅oquer les ph駭om鈩es de domination de classes et de peuples sur d'autres peuples, il faut en conclure qu' l'heure actuelle l'infime proportion des dirigeants de transnationales qui contrle les orientations des capitaux n'a de pouvoir que gr稍e un jeu crois de complicit駸 sans lesquelles ce pouvoir n'existerait pas : complicit de l'ensemble des urbains dans la domination sur les ruraux, complicit de l'ensemble des populations de Nord dans leur domination sur les peuples du Sud, complicit d'une Gauche bien pensante dans l'acceptation d'un libre 馗hangisme mondial, complicit des salari駸 travers le d騅eloppement d'un actionnariat populaire, travers le d騅eloppement des retraites par capitalisation et des Fonds de Pension.
Cette complicit ne pourra donc 黎re arr黎馥s que si les peuples domin駸 acqui鑽ent une relative autonomie 馗onomique et politique et non si " on " leur accorde des prix, des r駑un駻ations, des termes de l'馗hange plus avantageux.

A l'馗helle mondiale, c'est cette lutte pour l'autonomie des peuples, qu'il faut s'attacher. Car, en fait, la lutte contre les dominations et les in馮alit駸 internes et la lutte contre les dominations et les in馮alit駸 entre peuples sont li馥s.
L'autonomisation des uns et l'autonomisation des autres sont solidaires. La mondialisation, dans l'騁at actuel du monde et des hommes, ne sera jamais que le pr騁exte de nouvelles formes de domination et d'uniformisation.
Mais, c'est en cherchant tous ensemble comment sortir de cette situation que la division mondiale, les march駸 mondiaux font peser sur nous, que l'on desserrera l'騁au qui semble 黎re apparemment celui des grandes firmes transnationales. Comme nous l'avons dit plus haut, ces firmes, dans le cadre actuel, sont la propri騁 collective de millions de petits actionnaires, et la complicit passive des salari駸 du Nord risque de devenir une complicit active. A travers les Fonds de Pension, le plus petit futur retrait va finir par se r駛ouir de voir les grandes firmes, dont il est actionnaire, pratiquer une politique sociale dure dans le reste du monde et " d馮raisser " le personnel pour faire des profits.
L'馗onomisme sera alors son comble car il sera le fait m麥e de ceux qui en seront aussi les victimes. C'est cela la mondialisation 馗onomique. Et c'est pourquoi le combat contre elle est le combat pr饌lable.

Ne nous trompons donc plus de combat , d'adversaire. C'est un mouvement d'opinion qu'il faut forger, et les complicit駸 montantes montrent que c'est l'ensemble des Fran軋is qu'il faut s'adresser. Mais, c'est au nom de la reconqu黎e d'une r馥lle d駑ocratie que l'opinion fran軋ise et europ馥nne retrouvera la volont de se battre pour reconqu駻ir le minimum d'autonomie 馗onomique et politique n馗essaire cette d駑ocratie. Et c'est au nom de la n馗essit que les Fran軋is ont de se battre pour leur autonomie qu'ils feront le n馗essaire pour favoriser celle des autres peuples et qu'ils feront reculer les dominations et les in馮alit駸 dans le monde.